On vous a déjà dit que les prénoms de nos arrière-grands-mères revenaient en force. C'est vrai. Enfin, en partie. Parce que si vous regardez les chiffres des naissances sur les cinq dernières années, une surprise vous attend : plusieurs stars du grand retour rétro sont en train de descendre . Et ce sont des prénoms bien plus discrets, ceux qu'on ne cite jamais dans les articles de tendance, qui grimpent pour de bon.
On a comparé 2019 et 2024. Voici ce que ça donne.
Six prénoms d'autrefois qui montent réellement
Classés de la plus forte progression à la plus modeste. Certains sont encore rares, d'autres déjà bien installés dans les maternités.
Hortense : +54 %
La plus belle courbe du lot. On passe de 250 naissances en 2019 à 385 en 2024. Hortense a longtemps traîné une réputation un peu guindée, façon salon avec des napperons. Elle s'en est débarrassée. Le prénom reste rare, donc votre fille sera probablement la seule Hortense de sa classe, ce qui est exactement ce que cherchent beaucoup de parents.
Isaure : +41 %
160 naissances, puis 225. Isaure est la vraie confidentielle de cette liste. Sonorité douce, aucune association encombrante, pas de diminutif obligatoire. Il faudra l'épeler au téléphone toute sa vie, autant le savoir tout de suite.
Suzanne : +40 %
De 480 à 670 naissances. Suzanne coche toutes les cases du rétro assumé : elle sonne clairement d'une autre génération, mais sa finale en "anne" la rend immédiatement familière aux oreilles d'aujourd'hui. Et Suzon, Zaza ou Suzy attendent au tournant si vous aimez les surnoms.
Madeleine : +34 %
280 naissances, puis 375. Longue, un peu solennelle, franchement charmante. Madeleine est de ces prénoms qu'on trouve trop chargés jusqu'au jour où on rencontre une petite fille qui le porte, et là, tout s'éclaire. Le raccourci Madie fait le reste du travail au quotidien.
Adèle : +22 %
Là, on change d'échelle : 1585 naissances puis 1940. Adèle n'est plus une curiosité, c'est un prénom largement porté qui continue pourtant de progresser. Deux syllabes, aucune ambiguïté, ça marche dans toutes les bouches et à tous les âges.
Victoire : +11 %
1355 puis 1505. La hausse est plus modeste, mais elle est là, et sur une base déjà solide. Victoire a un avantage rare : le prénom porte son propre sens, ce qui plaît beaucoup aux parents qui veulent quelque chose d'affirmé sans être extravagant.
Et les grands classiques du retour rétro ?
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C'est là que ça devient intéressant. Les prénoms qu'on cite systématiquement comme le symbole de la vague ancienne sont, pour la plupart, sur une pente descendante depuis cinq ans.
Jeanne est passée de 1815 naissances en 2019 à 1605 en 2024, soit une baisse de 12 %. Louise, longtemps en tête de tous les palmarès, glisse de 3760 à 3135, une baisse de 17 %. Rose recule de 19 %, de 2720 à 2210. Juliette perd 26 %, de 2070 à 1525. Alice chute de 34 %, de 3310 à 2200. Et Lucie signe la plus forte baisse du groupe : 1670 naissances puis 980, soit 41 % de moins.
Alors soyons clairs, parce que c'est le point le plus important de cet article : ces prénoms ne sont pas démodés. Louise reste l'un des prénoms les plus donnés de France. Alice, Rose, Juliette, Jeanne sont portés par des milliers de petites filles chaque année. Ce qu'on observe, ce n'est pas une disparition, c'est un plafond atteint. Un prénom ne peut pas grimper indéfiniment : quand tout le monde le connaît, tout le monde en connaît déjà une, et les parents cherchent ailleurs. Redescendre d'un sommet, ce n'est pas échouer.
Les prénoms rétro dont on parle le plus ne sont pas ceux qui progressent le plus. Ce sont souvent ceux qui ont déjà fini de monter.
Pourquoi les listes de tendances se trompent si souvent
Parce qu'un prénom très visible donne l'impression de monter. Vous entendez trois Louise au parc, vous en déduisez que Louise explose. En réalité, vous constatez le résultat d'une montée passée, pas une montée en cours. La visibilité d'un prénom, c'est du retard sur la tendance.
Les prénoms qui progressent vraiment, eux, sont par définition ceux que vous croisez peu. Une Hortense sur 385 naissances, ça ne s'entend pas dans un square. Ça se voit seulement dans les chiffres.
Une courbe n'est pas un conseil
On peut regarder les tendances par curiosité, et c'est un jeu assez amusant à deux le soir. Mais une pente qui monte n'a jamais rendu un prénom plus beau, et une pente qui descend n'a jamais abîmé le prénom que vous adorez depuis des années.
Si vous voulez éviter que votre fille partage son prénom avec trois camarades de classe, les chiffres vous aident, ça oui. Si vous hésitez entre deux prénoms que vous aimez autant, ils ne vous servent à rien. Choisissez celui qui vous fait sourire quand vous l'écrivez, pas celui qui progresse de 54 %.
Pour creuser, vous pouvez explorer nos fiches d'idées de prénoms : chacune donne l'origine, la date de fête et la courbe de popularité du prénom, ce qui permet de voir d'un coup d'œil s'il monte, s'il plafonne ou s'il redescend.